Après avoir emménagé dans ma première maison, ma plus grande préoccupation a été d’aménager mon premier atelier. Pendant plus de deux ans, j’ai patiemment accumulé les économies qui m’ont permis de me procurer un banc de scie, une dégauchisseuse, une perceuse à colonne, une toupie et ainsi de suite…

Fabriquer des meubles de facture artisanale me semblait le plus beau loisir du monde. Au cours de cette période, lors d’une visite chez un quincaillier de grande surface, je remarque un tour à bois de basse qualité, mais à un prix dérisoire. Je ne me pose aucune question, et achète l’objet de ma convoitise, accompagné de quelques gouges de la même qualité. Le tour sommeille pendant près de deux ans dans l’atelier sans que je n’y prête grande attention. Au printemps 2002, le désir me prend de mieux connaître cet outil longuement négligé. Les premières tentatives sont laborieuses. Le bois de pin et les outils mal aiguisés provoquent les premières frustrations de l’apprenti tourneur. Mais je persévère; je fais affûter mes couteaux et j’essaie d’autres essences, comme le merisier et l’érable. Les résultats sont meilleurs, mais la frustration est encore beaucoup trop présente à mon goût, malgré le fait que je réalise quelques pièces présentables. L’intérêt que je porte au tournage sur bois est telle que je n’hésite pas à consulter Internet ainsi que quelques ouvrages sur le sujet pour pallier à mon manque de connaissance, mais rien ne remplace le collègue bien vivant et prêt à partager son savoir.

Au cours de l’été 2002, la télé communautaire locale diffuse un documentaire sur le tournage sur bois mettant en vedette André Martel et certains membres de l’exécutif de l’ATBQ. Monsieur Martel y réalise un vase en bout de grain. L’ATBQ y annonce une activité dans ma région pour le début octobre. C’est une révélation pour moi, seul dans mon atelier et sans ressource pour mieux apprendre.

Je m’inscris donc à l’activité et me présente à la première heure. Il y en a trop à la fois. J’acquiers en moins de 48 heures plus que j’ai pu en découvrir par moi-même en 6 mois. L’aiguisage de gouges, l’invention du mandrin, le tournage de face ; mes sens et mon esprit sont en ébullition! L’accueil que m’ont réservé messieurs Harvey, Archambault, Bolduc, Reinhardt et Plante, tous de l’exécutif de l’ATBQ, m’a ouvert des portes insoupçonnées jusqu’alors, bien que je ne les ai jamais rencontrés auparavant. Je me suis senti d’abord comme un visiteur bienvenu, et au second contact comme le membre d’une grande famille que l’on revoit avec joie après un certain temps.

Grâce à l’ATBQ, en moins d’un an, j’ai appris les rudiments du tournage sur bois et je me suis initié à certaines techniques plus avancées. J’ai acheté de façon beaucoup plus éclairée mon matériel et plus important encore, je me suis créé un réseau d’amis qui en connaissent beaucoup plus que moi, et qui ne sont qu’à un simple coup de fil d’atteinte. J’ai déjà une petite exposition à mon actif et plein de projets pour l’avenir.

Sans mes amis de l’ATBQ, j’en serais peut-être encore à me demander comment aiguiser une gouge ! Maintenant, je sais que le plus beau loisir du monde, c’est de produire des objets tournés. Tant mieux si ce sont des meubles !

par Vincent Lajoie